Sensigraphie

2018-2020

 

Qu’avez-vous voulu faire ?

Peindre, juste peindre. Me confronter à la matière de la peinture, la sentir, la toucher, l’observer. Construire avec elle un rapport sensuel qui va de la main à l’œil et de l’œil à la main en passant par la musique.

Avant de me mettre au travail je choisis ce que je vais écouter.


Avez-vous vous voulu représenter quelques chose ?

Non, ce n'est pas l'intention première, les formes, les couleurs, tout s’impose dans le rythme, dans l’énergie du geste, dans la sensation.

Ensuite se faufilent la mer, le ciel, les étoiles, les herbes, les arbres, les cascades, les cauchemars et les rêves telles des constructions imaginaires.


Vous vous présentez comme compositeure, et vous faites de la peinture, des images numériques, n’y a t’il pas là comme une contradiction ?

Une contradiction non, une complexité, oui, sans aucun doute. En ce moment, je compose des images, il y a quelques temps, j’imaginais des sons. J’ai cette dualité en moi depuis l’enfance. Allant des Beaux-Arts au Conservatoire et retour.

La principale de mon lycée voulait que je choisisse une branche, les profs me laissaient faire, j’ai finalement fait des études de musique.

J’ai composé de la musique contemporaine expérimentale durant presque 20 ans, en m'intéressant en particulier à la spatialisation sonore, puis j'ai eu l'idée d'intégrer les images à la musique, mêlant ainsi vidéo, bande sonore et interprétation en direct comme dans mon spectacle Alice aux pays des pixels.

A partir de cette création,  je n’ai plus jamais fait de musique sans images, et finalement plus jamais d’images sans musique (Cours d’école, 115 ans après…).

Aujourd’hui, la musique est dans ma tête, dans mon geste, et je crois, sur la toile.


Votre exposition s’intitule Etudes sensigraphiques…

Ce que j’aime, ce que je recherche dans la création des images numériques, c’est la matière, la sensualité. La douceur d’un dégradé, la vigueur du trait, la subtilité du mélange des couleurs, j’adore ça. L’apposition fine des couleurs que l’on découvre en se rapprochant, et le dessin qui apparaît lorsqu’on s’éloigne un peu.

C’est comme le chant d’un hautbois au milieu de l’orchestre, comme une caresse. C’est à ce moment là que l’on jouit de nos sens au maximum.

Chaque timbre, chaque registre, chaque couleur existe pour elle-même et participe de l’œuvre entière, telle une symphonie.

C’est ça, l’idée de la sensigraphie, une approche sensuelle, sensible, qui peut se décliner de différentes façons, avec différentes techniques.

Lorsque j’ai créé la série des Dessous, je cherchais la matière, la sublimer, donner envie au spectateur de toucher les images comme on désire toucher une dentelle sur la peau.

Sur l’ordinateur, j’ai travaillé les couleurs et les détails des dentelles, en cherchant à exacerber la sensualité des images. J'ai choisi un papier capable d’apporter la touche finale, et d’ajouter un grain, de sorte que l’on ne sait plus si c’est le grain de la peau ou celui du papier…

Puis, toujours sur l’ordinateur, dans la création de peintures numériques, totalement abstraites, j'ai cherché à reproduire la sensation de matière, son impression, son illusion.

De la sensation de matière à la matière elle même, il y a le passage de la création numérique à la peinture, salissante, à la toile…

Et toujours, quelque soit le médium, je veux sentir, ressentir, toucher et être touchée

Entretien avec Laurence Garcette